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"Dans tous les pays, la répartition des tâches des enseignants-chercheurs est un jeu complexe" (Lesley Wilson, EUA)

mercredi 18 février 2009, par Sébastien

"Dans tous les pays, la répartition des tâches des enseignants-chercheurs est un jeu complexe", estime Lesley Wilson, secrétaire générale de l’EUA (Association européenne des universités), en citant le Royaume-Uni, où les universités sont pourtant habituées à gérer leur masse salariale depuis longtemps. Elle évoque pour l’AEF les différents systèmes qui cohabitent en Europe alors qu’en France les enseignants-chercheurs se mobilisent contre le projet de réforme de leur statut.

L’AEF : Comment évolue le statut des enseignants-chercheurs dans les autres pays ?

Lesley Wilson : Pour les pays de l’UE, le statut des enseignants-chercheurs dépend du contexte de réformes de la gouvernance des universités. Ces réformes ont évidemment un impact fort sur la responsabilité des uns et des autres. Par exemple, en Autriche, qui a fait sa réforme sur l’autonomie des universités en 2001-2002, le recteur de l’université, désigné par la CA, est devenu employeur. Désormais, les enseignants-chercheurs qui sont embauchés ont un statut différent de ceux recrutés avant la réforme. Ils cohabitent avec des fonctionnaires.

L’AEF : Quels sont les pays qui sont sur un modèle de recrutement et de promotion des enseignants par l’État ?

Lesley Wilson : En Espagne, les enseignants-chercheurs sont habilités par l’État. Il faut donc être sur la liste nationale pour être promu. Le statut de fonctionnaire est une entrave à la mobilité entre les établissements et au recrutement ouvert. Il en va de même en Italie ou en Grèce par exemple. En revanche, dans les pays où les universités ont acquis leur autonomie, comme les pays nordiques, l’Irlande, le Royaume-Uni, l’Autriche et l’Allemagne, c’est l’établissement qui recrute et qui gère les promotions.

L’AEF : Comment s’opère la modulation dans les universités autonomes ?

Lesley Wilson : Chaque pays est différent mais dans la plupart où l’enseignant est employé par l’université, il est censé faire de la formation et de la recherche. Son contrat signé avec l’université détermine la part que représentera chaque mission, selon les priorités de l’établissement. C’est la responsabilité du président de définir les profils recherchés et répartir les charges de travail, en fonction de sa stratégie d’établissement. De même, si un enseignant est embauché par un conseil de recherche, les priorités seront sûrement différentes. L’autonomie croissante des universités est un développement récent dans les pays d’Europe continentale. Les présidents d’université doivent apprendre à mettre en place une véritable politique de gestion des ressources humaines. Par ailleurs, l’EUA incite les universités à baser leur comptabilité sur des coûts complets, ce qui implique de faire une estimation du temps passé sur la formation ou la recherche.

L’AEF : Avez-vous un exemple de pays où les universités ont mis en place une stratégie de GRH ?

Lesley Wilson : Les universités du Royaume-Uni, qui sont habituées depuis longtemps à gérer leur masse salariale, emploient sous contrats des enseignants-chercheurs, des chercheurs et des enseignants, selon leurs besoins. Certaines valorisent le profil recherche et attirent de grands chercheurs par les salaires, afin de créer une masse critique dans un domaine. D’autres, désirant augmenter leur pourcentage d’étudiants de familles défavorisées, mettront l’accent sur le recrutement d’enseignants qui ne feront que de la formation, par exemple des post-doctorants qui y consacreront leurs trois premières années de travail. Mais au Royaume-Uni, il existe également des enseignants-chercheurs qui ont beaucoup d’enseignements à assurer, assument des tâches administratives et doivent progresser en recherche car ils sont évalués sur leurs publications. Comme dans tous les pays, la répartition des tâches des enseignants-chercheurs est un jeu complexe.

L’AEF : Comment faire en sorte que les enseignants-chercheurs s’investissent plus dans leur mission de formation ?

Lesley Wilson : Il faut que les enseignants soient valorisés pour leur travail de recherche mais aussi de formation. Les deux sont essentiels car aujourd’hui, il y a aussi bien une pression pour refonder les cursus avec la réforme du LMD et une pression sur la recherche pour faire face à la compétition mondiale. Comme les enseignants-chercheurs sont évalués sur leur production scientifique, faire en sorte que la mission d’enseignement soit reconnue est un défi auquel sont confrontées toutes les universités. Les universités suisses, notamment, travaillent sur la formation des jeunes chercheurs et leurs évolutions de carrières, en leur donnant par exemple la possibilité de créer de nouveaux cursus.

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